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Je fus conduis à Boulogne Billancourt le 2 juin et l'intervention eut lieu le lendemain. J'occupais la chambre avec une petite
grand mère très gentille. Elle avait elle aussi une colostomie (anus artificiel) et malgré des métastases au foie, elle était très active. Le service dans lequel nous étions
n'avait pas comme particularité l'humanité et la patience ! Tout allait vite... sauf lorsque nous sonnions pour un besoin urgent !
Un exemple : ma voisine avait besoin de changer sa poche. Elle demanda une bassine et une éponge simplement. La réponse de l'aide-soignante "Mais vous n'avez pas besoin
de la changer !, vous verrez ça demain !" Outrée, la patiente lui dit qu'elle savait bien si elle avait suffisamment de selles ou pas.. Elle lui répliqua sa volonté de le faire et
de ne pas ennuyer les aides-soignantes , eh bien non, ses dernières sortirent de la chambre en maugréant "Elle nous fait ch.. avec sa poche !" Elle me regarda
tristement.
Une autre fois, ce fut mon tour. Mon dos me faisait affreusement souffrir. Je sonnais et 30 mn plus tard, j'expliquai à l'infirmière ma douleur. Elle partit chercher un cachet. Trente minutes
plus tard, toujours personne. Je souffrai le martyre.. Je sonnai à nouveau, 3/4 d'heure plus tard, une infirmière arriva me demandant pourquoi j'avais sonné... Là, je sortis de mes gongs en
hurlant "Il vous faut 3 heures pour aller chercher un verre !" Ma voisine insista elle aussi en voyant combien je souffrais. Je pleurai tant la douleur me tenaillait. Je
n'arrivai pas à comprendre comment une telle indifférence existait !
Quelques jours plus tard, une ambulance me ramena enfin à mon domicile et je rejoignis aussitôt mon lit car mon dos persistait d
ans sa douleur. Nous étions jeudi. Le lendemain, la douleur était insupportable.
Sur les conseils d'une amie fidèle, je téléphonai à l'hôpital de Chinon qui me prit en charge aussitôt. J'y restai une dizaine de jours. On me transfusa car mon taux de globules rouges avait
chuté et mes globules blancs, eux, avaient augmenté. Je fus donc perfusée et remise sur pied. Tout le personnel était attentif. Je pus enfin voir mon fils, et mon amour Denis. J'avais repris le
cours de la vie !
Les semaines s'écoulèrent et je passai le scanner afin de constater l'évolution des métastases. A priori, le constat était meilleur car le foie semblait plus harmonieux. Il fallait tout de même
adresser le CD ROM à l'hôpital de Paris afin qu'il l'examine plus précisément. Nous étions début juillet et les congés s'annonçaient.
Mick fut reçu au brevet et accepté pour poursuivre un BEP électrotechnique à Chinon. Tout était parfait et je voulus le féliciter. Je lui achetai un scooter malgré les désapprobations de maman et
les craintes de Denis. Tous les deux pensaient que cet engin s'avérait trop dangereux pour un petit homme qui n'était pas toujours très conscient du danger ! mais bon, je lui faisais confiance et
ses yeux brillaient de bonheur lorsqu'il enfourchait sa machine toute neuve. Le 14 juillet, j'étais à la maison et je n'avais pas remarqué que Mick était revenu d'une ballade avec ses copains. Je
l'appelai mais il ne répondait pas. Inquiète, je me rendis dans sa chambre, mais personne... Je perçus quelques reniflements caractéristiques de larmes. Je rentrai dans la salle de
bains et vis du sang sur le carrelage. Il pleurait. Il avait une large plaie sanguinolente au niveau du bas de la jambe et son poignet gauche qui le faisait énormément souffrir. Je lui
demandai ce qui s'était produit, ce sur quoi il me raconta qu'une voiture verte lui avait fait une queue de poisson et s'était enfuie le laissant par terre. Sans attendre, nous nous dirigeâmes
vers les urgences et le diagnostic fut sans appel : fracture du scaphoïde engendrant un plâtre durant 3 mois. Le pauvre, ses vacances commençaient bien mal....
Suite à cet incident et aux conseils de maman, je décidai donc de faire réparer le scooter et de le mettre en dépôt-vente. Je réalisai soudain que j'avais fait une erreur en lui offrant cette
machine trop dangereuse pour un ado qui n'avait pas toujours conscience du danger.... A la place, je lui achetai donc un ordi portable. Après lui avoir expliqué pourquoi nous avions décidé de
vendre son scooter, la vie reprit son cours à peu près normalement.
Le mois de juillet s'écoulait et j'attendai désespèrément des nouvelles de l'hôpital.... mais rien. Je savais que Mick devait partir à St Brévin en août avec maman et les Stark (amis fidèles
de mes parents), et cette future solitude me hantait. Un isolement m'envahit tout entier et les larmes coulèrent sans sembler vouloir s'arrêter. Tout défilait dans ma tête : la
maladie, la mort, l'absence de Mick, les congés de Denis.....
Je pris donc rendez-vous avec le médecin de l'hôpital qui m'expliqua que je subissais le contre-coup de toute cette année de traitement. Elle me prescrivit des anti-dépresseurs (que mes
intestins ne supportèrent pas...) afin de traverser cette période difficile, et je rencontrai la psychologue avec qui j'évoquai mon mal-être.
Cela me permit d'avancer doucement et mes ami(e)s étaient toujours là !
A la mi-août, une affreuse nouvelle se fit jour. Un copain de Mick venait de se noyer dans l'Atlantique.
Je suis très proche de ses parents et cet évènement bouleversa le village.
Les jours passèrent et je décidai de retrouver Mick à St Brévin la dernière semaine d'aôut. Je souhaitai me changer les idées et ces quelques jours me firent le plus grand bien.