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En novembre 63, peu après l’assassinat de Kennedy, coup de fil à la mairie. Pour moi. Un drôle d’accent que j’ai du mal à comprendre :
- Madame Roy ?
- Oui
- Je suis de passage à Tours. J’étais avec Claude à Verdun. C’est possible de le
voir ?
Claude m’avait bien parlé d’un Alsacien, le seul qui communiquait en français avec lui quand il faisait
ses classes dans cette ville de casernement. Partis ensemble de l’autre côté de la Méditerranée, ils avaient été séparés, l’un envoyé dans le bled, l’autre dans un bordj. Pierre –c’était le
prénom de l’Alsacien- victime d’un ictère, avait été soigné à l’hôpital de Bône, puis envoyé en France et aussitôt guéri, ré expédié dans le bled. Claude avait eu l’opportunité de lui rendre
visite à l’hôpital et ils avaient gardé de bons souvenirs mutuels. C’est pourquoi, je n’hésite pas à l’inviter à souper à la maison. Nous l’avons aussi gardé à coucher dans la chambre non
chauffée (nos conditions de vie étaient spartiates) -il s’en souvient toujours- et tous deux étaient heureux d’évoquer le passé. A partir de là, c’est Catherine, sa femme, et moi qui nous
chargions de la correspondance écrite. Et en 1978, pour la première fois, nous avons décidé de faire connaissance, de visu. Nous voilà donc en route pour l’Est. Partis de St Pierre avec 45mn de
retard, nous arrivons en gare d’Austerlitz sur des charbons ardents, sachant que nous ne disposons que de peu de temps pour rallier la gare de l’Est,
17 minutes en métro et il ne nous reste qu’un quart d’heure. Nous bondissons dans l’escalier qui conduit au quai où normalement notre train devrait être parti. Le dernier wagon est à notre
portée, la portière encore ouverte, un contrôleur dans l’embrasure. Claude jette la valise dans ses jambes, pousse Philippe à l’intérieur, me fait
monter en catastrophe et tout en pestant après le cheminot qui voulait nous empêcher de grimper, puisque le train venait de démarrer, finit par se hisser dans la voiture. Ouf ! Nous n’aurons
pas besoin d’attendre le prochain départ…demain matin. Evidemment il y a eu une chaude explication avec le contrôleur. Qui a bien compris que la faute en revenait à la SNCF, laquelle n’avait pas
respecté les horaires prévus. Dès l’année suivante, nous avons invité les Stark à passer leurs vacances à St Brévin. Et nous continuons depuis.
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