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Lorsque la colonie tourangelle était trop nombreuse pour être transportée par bateau, alors nous pêchions différemment. A marée basse, nous allions à La Plaine. Là, armés de fourches et de seaux, nous creusions et labourions la grève à la recherche des « bloches » agenouillés dans la vase, les yeux à l’affût, les mains prêtes à bondir sur cette manne, tels des chiens haletant avant la curée. Heureusement des flaques d’eau nous permettaient de nous laver un peu avant de remonter en voiture. Ensuite, direction St Brevin. Claude attelait Phlipper et munis des lignes eschées des fameuses bloches, nous allions les poser sur les îles, recouvertes de sable pour éviter un festin aux mouettes. De retour à terre il fallait attendre la prochaine marée basse pour récupérer matériel et poissons éventuels. Bien sûr, cette sortie se faisait souvent de nuit – les enfants n’étant pas les derniers à se réveiller - . Toujours prêts pour les missions délicates. Ah s’ils avaient montré le même enthousiasme pour les jours de classe…

 Une autre sorte de pêche nous avait attirés sur la digue de La Plaine. Il s’agissait de se présenter le soir, lorsque tout était calme et que seul le ressac des vagues contre les rochers troublait le silence crépusculaire. Lorsque j’entendis parler de cette sortie, je pensai tout de suite à une pêche au « dahut ». Par contre, Claude très confiant dans ses amis, ne mit pas une seule fois en doute leur bonne foi. Et il avait raison comme toujours. Ou presque. Nous voilà donc partis après souper, munis de tout le matériel : cannes avec moulinet, seau, morceaux de seiche pour appâter, massue destinée à servir d’argument frappant, perches munies de crocs, lampes électriques…Parvenus à destination, nous nous installons confortablement sur un rocher, jetons la ligne à l’eau et bien alignés à 2, 3mètres de distance les uns des autres, attendons les premières touches. Un quart d’heure passe. Rien. Encore dix minutes. Toujours rien. Nous commençons à trouver le temps long. Quand soudain, un pêcheur s’exclame : « j’en ai un ! » Immédiatement suivi de son voisin « moi aussi ! » Puis un troisième « ça mord chez moi ! ». Croc en avant, la massue dans l’autre main, Patrice ou son copain ne savent plus où donner de l’outil. A droite, à gauche, au bout de la rangée, les congres mordent tous en même temps ne nous laissant aucun moment de répit. Quand le poisson est amené sur le rocher à l’aide du croc, aussitôt il est assommé avec la massue et gare à la jambe qui traîne si le coup n’est pas asséné assez fortement. Ces petites bêtes-là savent se défendre et même attaquer les maladroits. Il faut dire que cette pêche ressemble davantage à un massacre qu’au sport débonnaire connu des amateurs halieutiques. Chacun ayant récupéré son bien, retour à la maison dans la nuit. 
  
Et le lendemain on mesurera la longueur des congres capturés, entre 1,50m et 2m. En mer on n’attrape pas que des poissons, si dissemblables soient-ils par la taille, les mœurs ou le goût.

   Un jour que nous avions embarqué pour une petite virée avec Flo et Phil en août 1980, voilà que ce dernier s’écrie tout content : « J’ai une touche ! » et chose curieuse, nous voyons dans le ciel juste au-dessus de nous, voler en cercles circonscrits de plus en plus nombreux  et rapprochés,  toute une colonie de mouettes, sternes ou rieuses, piaillant obstinément. Dans l’instant, nos regards se croisent et une pensée fulgurante s’impose à nous. Hitchcock…les oiseaux, ils vont nous attaquer ! Pourquoi ? En y regardant de plus près, que distinguons-nous au bout de l’hameçon ? Une de leurs sœurs qui se débattait en vain, la malheureuse, leurrée par le poisson d’argent qui traînait dans le sillage du bateau… Lorsque nous l’avons ramenée à bord, elle était morte, bien sûr (ses congénères s’en étaient aperçus avant nous) mais baguée. Aussi, avons-nous adressé au Muséum d’Histoire Naturelle à Paris la bague récupérée sur la patte. Et le mois suivant, nous avons reçu une documentation sur notre victime. Elle était née dans un pays nordique, le Danemark, pour être exact,  et c’était son premier grand voyage puisque sa naissance avait été enregistrée le  8 juin 1980. Pauvre poussin qui ne savait pas encore que l’on ne doit pas se fier aux apparences !

            Ce qui me rappelle une autre anecdote. C’était en fin de matinée. La marée remontait doucement. Nous avions décidé, tous les quatre d’aller pique-niquer sur les îles. Montés sur notre premier engin nautique, un bateau en caoutchouc répondant au nom de Bermudes, nous commençons à traverser le petit bras de mer séparant  la plage du rivage des bancs de sable.  Quelques pêcheurs de crevettes oeuvraient encore au bord et d’autres vacanciers s’ébattaient dans les flots ondoyants. Au cours de notre promenade, nous croisons un nageur qui nous salue d’un geste de la main. Nous lui répondons. C’était gentil de sa part, nous ne le connaissions pas. Dix secondes après, il nous refait « bonjour ». Tiens c’est bizarre ! Et nous nous approchons de lui. « Pouvez-vous me transporter jusqu’à la plage ? nous demande-t-il, Ma femme m’attend pour le repas et elle va s’inquiéter si j’arrive en retard. » Il a eu bien du mal à grimper à bord. Cependant son sauvetage –il était vraiment à bout de forces d’avoir lutté contre les courants- s’est effectué sans trop de mal et nous avons pu reprendre le chemin de notre lieu de pique-nique. Après le repas, nous avions l’habitude de jouer au croquet, ou de nous promener à la recherche des coquillages, moules ou « avignons », quand ce n’était pas les coques et palourdes. Maintenant,  les concessions pour les bouchots étant terminées, il y a moins de moules mais on trouve des huîtres ! On n’a donc pas perdu au change. Par contre, tous les autres coquillages ont disparu. Nous avions appris à les récolter en allant au Gois, ce passage vers Noirmoutier qui reste découvert à marée basse mais où il ne faut pas s’attarder à moins de passer plus de six heures perchés sur des refuges prévus pour les imprudents. Ou les étourdis. Semblable mésaventure nous est arrivée un jour sur nos plages. Là,  nous avions Phlipper. Nous étions partis vers nos éternels bancs de sable, et, le bateau étant à l’ancre, nous étions allés à la recherche de moules et autres produits de pêche à pied. De retour au bateau, quel ne fut pas notre désarroi en constatant qu’il n’était plus à flot ! Il a fallu attendre que la marée remonte (et nous n’avions rien pour nous occuper. Pas même un ballon !) Les enfants nous ont fait la tête pendant toute la soirée…Cette étourderie ne faisait pourtant pas partie du caractère de Claude. Sachant que sa mémoire n’était pas infaillible, il notait tout ce qui était important et rangeait ses affaires méticuleusement. Son travail dans le Notariat avait de plus augmenté sa tendance à garder secret même ce qui ne devait pas rester dans la confidentialité. Et il éprouvait une méfiance viscérale à l’égard de la gent féminine, difficilement supportable. Heureusement qu’à mon contact, cette attitude s’est progressivement modifiée. Cependant il demeurait toujours sur ses gardes ... Il est certain qu’il a eu souvent affaire à des interlocutrices hargneuses ou jalouses, ne serait-ce qu’au cours des règlements de succession  ou de divorce ! Ceci explique peut-être cela.


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Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /2009 10:38
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