En 1959, déjà un demi-siècle, j'étais nommée à Villaines les Rochers. La réputation de ce pittoresque village troglodytique n'était pas encore parvenue à mes oreilles.
Situé en plein coeur de la Touraine, riche d'un petit millier d'âmes, bâti tout en longueur en bordure de son ruisseau, il avait l'air plutôt sympathique mais je ne comptais y rester que
quelques années, le temps de ma titularisation et espérais revenir m'établir en Gironde. Maman -je l'ai su par la suite- avait déjà éprouvé un gros déchirement lors de mon départ l'année passée, et
avec quelle impatience elle attendait mon retour dans son giron ! Hélas, ses espoirs furent déçus... Je rencontrai Claude. Nous nous fiançâmes -ah, ce passé simple, il me rend nostalgique à plus
d'un titre- nous mariâmes et nous établîmes définitivement là.
Lorsque j'arrivai, le schéma du bourg était tout ce qu'il y a de plus classique. Autour de la place de la mairie, elle-même flanquée à droite de l'école, à gauche de l'église et son
presbytère, se dressaient d'un côté la poste, de l'autre un ancien magasin de grains, et, en face un bar-café-tabac, à l'occasion salle de bal. Les jardins de l'instit, du curé et du postier
cohabitaient dans la paix.
Aujourd'hui, seule la mairie qui a été rajeunie a gardé son activité traditionnelle. L'église désertée par les ouailles et leur curé ne s'ouvre que pour des concerts, une messe de temps en
temps et quelques enterrements. Dans le presbytère restauré ont été créés trois logements (Florence a habité dans l'un d'eux). Des anciens jardins ne reste qu'une parcelle affectée à l'appartement
du rez-de-chaussée. La place a été agrandie et le surplus transformé en jardin public avec toilettes. Plus de poste mais une agence postale ouverte le matin. Le magasin à grains vidé, agrandi,
renové est la salle polyvalente. Un semblant de bar-restaurant va peut-être réussir à se maintenir et l'école (où j'ai enseigné 34 ans) est appelée à devenir musée de la vannerie. Cependant un
autre groupe scolaire a vu le jour récemment en face de l'ancienne école des petits inaugurée en 1963. C'est là que Flo et Phil avaient fait leurs premiers pas de maternelle.
De nouveaux habitants sont venus grossir le noyau rural dans les lotissements et terrains situés sur le plateau. Un seul magasin d'alimentation fréquenté surtout par les anciens et
épisodiquement par les actifs, essaie de satisfaire sa clientèle. Plus de boulangerie (nous en avions deux) ni de boucherie charcuterie. Des commerçants ambulants passent régulièrement dans le
bourg. Quant aux artisans, ceux du bâtiment vieillissent et se raréfient. La vie à la campagne n'est pas toujours rose. Sans voiture on ne peut se soigner. Certains médecins compréhensifs se
déplacent encore chez leurs patients et les infirmiers pharmaciens ou bonnes volontés jouent la carte de la solidarité pour dépanner qui en a besoin. Pas de transport public évidemment. Aussi la
présence de l'atelier mécanique auto est-elle appréciée à sa juste valeur par les femmes seules en particulier. Que ferions-nous sans véhicule ?
Bien sûr il reste la marche... Aussi dimanche après-midi j'ai pris la route qui monte vers les champs encore vierges d'urbanisation - mais pour combien de temps ?- Dans la côte qui mène à la
dernière exploitation agricole de ce quartier, à 20m de moi suivant la berme, une caille, enfin je crois, trottine à petits pas pressés. Nous nous suivons. Comme elle m'entend derrière elle, la
voilà qui se décide à me fausser compagnie, prend son essor et disparaît dans les chaumes. Dommage c'était une randonneuse de tout repos! Plus loin des chasseurs disséminés dans les hautes
herbes marchent lourdement. Soudain l'un d'eux s'écrie: " Regardez là-bas...deux chevreuils...ils vont traverser la route!" Et je m'arrête pour les admirer, si légers, gracieux et rapides. Courez
mes beaux. les cartouches ne vous atteindront pas. De temps en temps une détonation déchire l'air. Un couple de marcheurs me croise, nous nous saluons. Je redescends vers la civilisation. Et
de nouveau apparaissent les habitations. Trois nouvelles maisons sont en construction. Une famille est venue se rendre compte de l'avancement des travaux. Encore un échange de sourires.
J'aime ce joli petit village où règne toujours la convivialité.
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Lundi 19 octobre 2009
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/2009
08:33
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